Un jour, elle m'a dit : ‹‹ Jusque-là et pas plus loin. ›› Ce n'était pas seulement le refus de souffrir : c'était un goût de plénitude. Elle avait trop le goût de la plénitude pour accepter de lécher les restes dans l'assiette. J'avais répondu lâchement : ‹‹ Tous les deux, alors. ›› J'ai eu droit à une belle colère. ‹‹ Pas question. Tu parles comme si tu étais seul à aimer. S'il est une idée qui m'est insupportable, c'est de mourir en emportant avec moi ma raison de vivre. Je n'ai jamais bien su ce que cela signifie, une femme "très féminine", un homme "très viril", si ce n'est pas être d'abord celui ou celle qu'on aime. Alors, promets-moi. Promets-moi de ne pas faire de ton chagrin une facilité, une dérobade. Une demeure grise entourée de ronces et de ruines. Ah non ! Je ne veux pas que la mort gagne encore plus qu'elle n'emporte. Tu ne t'enfermeras pas à double tour derrière les murs du souvenir. Je ne veux pas devenir aide à la pierre. ››
‹‹ J'ai envie d'être heureuse pour mon propre compte. Je ne veux pas lutter pour le bonheur de l'espèce. Je ne sais même pas voler, figurez-vous. Je n'ai pas d'ailes. Je suis trop peu de chose et demande encore moins. Un peu de douceur, de tendresse, de gentillesse, et puis le vent l'emporte — et pourquoi pas, pourquoi le vent ne serait-il pas heureux, lui aussi ? ››
Les livres de Romain Gary me rappellent les films d'Éric Rohmer. Pourtant, à part le "R", il y a de peu de similarités entres les deux hommes... Ça vient de moi. La même sensation s'en dégage. Ça n'est pas de la mélancolie, ça n'est pas de la malice, ça n'est pas un parfum suranné. Je crois que c'est du plaisir. Ce sont des films et des livres dont je ne me lasse(rai) pas, qui se (re)découvrent perpétuellement, des œuvres sans fin, toujours agréables sans être faciles, qu'on avale facilement et qu'on digère lentement. Ce sentiment que je ne saurais décrire est un recommencement, un renoncement, un besoin et un manque. Romain Gary comme Éric Rohmer, j'ai constamment envie de relire ou revoir.




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